Ils reviennent...

24.05.2006 | Ils reviennent...

Ils reviennent.........


Ma pensée allait à mes oncles, embarqués dans le S.T.O. dans le lointain pays d’Allemagne. Ou sont-ils, que font-ils, quels sont les dangers qu’ils encourent ? De quoi s’agit-il exactement. Pour moi ils étaient prisonniers. A l’époque je ne pouvais pas savoir.
Lorsqu’à la fin de la guerre en 1945 ils sont revenus, nous étions, toute la ville était à l’arrivée du train. Comment avons nous su qu’ils revenaient ? Qu’importe, d’un seul coup la rumeur traversa la cité. « Ils reviennent ! » « Ils reviennent » Comme un chant joyeux, un chant d’espoir la nouvelle se colportait de rue en rue, de quartiers en quartiers, de maison en maison. « Ils reviennent » !
Telle une immense procession la foule se déplaçait à grandes enjambées, par petits groupes, par famille. C’était à qui seraient les premiers arrivés à la gare.
La montée de l’avenue Gambetta qui mène à cette gare, s’est faite pratiquement en courant. J’avais le cœur serré, je ne savais pas trop au juste ce qui allait arriver. Ma mère me tirait par la main d’un coté et elle tenait ma sœur Janine de l’autre.
Nous étions submergés par l’enthousiasme de la foule. Ma Grand mère était devant. C’est à elle que revenait le droit de voir ses fils en premier.
Elle avait du souffrir dans sa chair et dans sa tête pendant ces quelques années de cauchemars. On n’arrache pas les enfants d’une mère sans quelques dommages pour elle.
Polonaise de Silésie elle était grande, belle et bien plantée sur ses jambes. Habituée aux durs travaux de la campagne, elle soulevait et portait des sacs de pommes de terre de 100 kg. Elle avait connu mon grand père, prisonnier de guerre en 14-18, dans la ferme où elle travaillait, qui était tenue par des colons allemands.
Fait prisonnier dans la Somme, le Grand-père avait été déporté dans cette ferme pour remplacer les soldats Allemands partis sur le front.
Là, il s’occupait de l’entretien de tous les véhicules à chevaux, ceux tirés par des bœufs et de tout le matériel agricole en général.
Il était charron on dirait carrossier aujourd’hui, il connaissait tous les secrets de son métier et aussi ceux des cultivateurs. Il était le fils naturel d’une fille de ferme de Joux dans la Loire. Fille de l’amour ancillaire, c’était souvent le cas dans les campagnes d’alors. Il fallait des bras et personne ne regardait de trop près l’origine et la paternité des enfants. La plupart du temps, chacun savait qui était le père. Bien souvent quelqu’un de connu, mais on fermait les yeux et l’enfant grandissait au milieu de la marmaille du village.
Ma Grand-mère elle, est née en 1896 en Pologne. C’était une fille d’une famille de pauvres ouvriers paysans. Ils n’étaient pas esclaves mais l’avenir n’était guère enthousiasmant pour eux. Tout dépendait souvent du « colon » chez qui ils étaient ouvriers agricoles. Ils vivaient au rythme des saisons. L’été au soleil qui leur burinait la peau, à suer sang et eaux pour travailler la terre. L’hiver se passait à soigner les bêtes du domaine et à entretenir le matériel et les bâtiments. Les grands froids de ces régions et les importantes chutes de neige étaient tels qu’il fallait creuser des tunnels et des tranchées dans la neige pour se rendre d’un endroit à un autre dans le village me racontait ma grand-mère. Les paysans dormaient au dessus des étables, là ou la chaleur animale fournissait, en plus des poêles, un complément de confort par les moins 25° fréquemment constatés.
Ma Grand-mère était la troisième d’une famille de 9 enfants vivants, disait-on à l’époque.
En effet, bien des enfants mourraient très tôt, seuls ceux qui survivaient étaient comptés. La moyenne des couches était entre 12 et 14 enfants.
Les femmes travaillaient presque toujours jusqu’au terme de leur grossesse. Les nouveaux nés arrivaient parfois pendant le ramassage dans les champs. Alors quelques femmes s’occupaient de celle qui venait d’accoucher. Elles savaient toutes comment s’y prendre. On roulait l’enfant dans un tablier, et la nouvelle maman l’emmenait chez elle ou continuait son travail tout en l’allaitant.
Temps de rudesse, temps de rusticité, dans ce monde de paysans de l’époque on ne s’encombrait pas de manières et c’est l’enfant le plus fort qui survivait. C’est la nature dans toute sa beauté, dans toute sa cruauté aussi.
Il fallait être fort pour vivre, pour partir à la guerre, pour lutter contre tout ; le froid l’hiver et la chaleur brûlante l’été. Entre temps, il y avait les pluies, la boue, la glaise collée aux lourds souliers alourdissant la marche. C’étaient des chaussures ressemelés sans cesse et graissés au lard de cochon pour les maintenir souples. Ces lourds godillots duraient toute une vie. Parfois ils faisaient même partie de l’héritage pour la génération suivante.
La vie à cette époque était ponctuée par les messes, les mariages, les vêpres, les décès, les naissances et quelques fêtes annuelles. Les Polonais ne sont pas tristes, ils sont gais très souvent, chaleureux, accueillants. Ils sont sérieux et coriaces, durs à la tâche, volontaires et courageux. Bien sur la Vodka ou les alcools distillés bus parfois à outrance, permettaient d’oublier leur quotidien et de dormir sans avoir besoin de rêver.
Ils étaient durs nos anciens dans ces pays là.
Mais les prisonniers revenaient…
La gare était déjà pleine de monde. Sur les quais, sur les voies, aux fenêtres, partout ! L’agitation, l’émotion grandissante, l’espoir et les craintes aussi donnaient à ce moment vécu un coté surréaliste, un grand moment de vie qui se gravait dans ma mémoire.
J’étais noyé dans la foule. De la hauteur de mon âge, j’essayais de me dresser en tendant le cou pour être le premier à voir ce train qui ramenait mes oncles, Stéphane, Joseph et Stanislas revenant de l’enfer…
On nous bousculait, les gens s’agitaient dans tous les sens.
Malgré les bruits ambiants, de très loin on a entendu le train siffler. Il nous prévenait de nous préparer à la fête
Le cœur serré, je tenais les mains de ma mère et de ma Grand mère.
Il n’a pas eu besoin d’être annoncé, il sifflait de plus en plus souvent. La rumeur s’amplifiait sur les quais. Je sentais une excitation grandissante et que nous nous exaltions, que mon ventre se contractait, qu’il fallait vivre intensément ce moment d’exception. Rare moment dans une vie ou l’égrégore unit tout un monde dans une liesse générale, les hommes et la nature. Nous étions tous baignés dans un monde irréel ou plus rien ne comptait que l’instant présent. Chaque seconde vaut une vie, les pensées étaient à l’unisson, les regards tournés vers la seule direction importante, là ou le train allait apparaître.
Je l’ai vu enfin quand il a pris la dernière courbe qui mène à la gare, venant de Lyon
Penché sur le coté, incurvé vers le centre du virage, il semblait vouloir s’échouer comme au retour d’un long voyage. Fatigué, épuisé peut-être d’être venu de si loin pour nous ramener à bon port tous ces hommes heureux de retrouver leur terre. Heureux de se réveiller après un mauvais rêve. Son « Tchouc- Tchouc- Tchouc » régulier telle la respiration d’un coureur de fond, indiquait ses efforts.
Ceux qui attendaient sur la voie, commençaient à remonter sur le quai à la vue du convoi. On ne lutte pas contre le monstre imposant. La prudence prenait ses marques, la sagesse contrôlait les plus audacieux.
C’était un train immense, un train de guerre. De ces anciens wagons construit avec beaucoup de bois, hauts perchés, cintrés comme des boîtes à ouvrage et faits de compartiments ayant chacun sa porte d’accès. Ceux qui revenaient étaient tous aux fenêtres.
Le convoi entrait en gare avec une lenteur majestueuse, comme pour se faire attendre encore un peu. Comme pour nous laisser dans le doute de savoir si oui ou non ce train était le bon. Celui qui devait ramener nos êtres chers. Les cœurs tambourinaient dans les poitrines, les yeux s’écarquillaient pour ne rien perdre du spectacle. Moments de vie intenses, irréels, « Ils reviennent »
Le train ralentissait et les portes s’ouvraient une à une tout en roulant. Les hommes pressés d’embrasser les leurs, étaient sur les marchepieds. Ils cherchaient du regard les parents, les amis. Les gens s’écartaient pour laisser le passage. Les grands coups de sifflet s’échappaient de la locomotive dans une débauche de jets de vapeur. Les bielles immenses de la machine semblaient peiner à pousser les grandes roues de la locomotive avec leurs contrepoids. Les énormes pistons chargés de vapeur ahanaient sous l’effort et rejetaient une haleine blanche comme au plus froid de l’hiver.
L’odeur de la graisse qui perlait, telle de la sueur sur un travailleur de force, mélangée à de l’eau brûlante due à la condensation, suintait par ci par là. Cette force immense m’inspirait la crainte et le respect.
Le pare buffle, en forme d’étrave devant la machine, servait à repousser ou à maintenir éloignés ceux qui se risqueraient devant l’énorme bête. Tout cela était impressionnant pour moi. Tout cela faisait partie d’un décor imposé par l’événement, à la hauteur de ce que nous devions vivre. La chaudière ventrue, parcourue de tuyaux sur ses flancs, l’œil de cyclope pour l’éclairage et les lanternes sur le devant, je revois tout cela.
L’impression de puissance qui se dégageait de cet animal de fer et d’acier, maintenu docile par les deux mécaniciens, noirs de suie et d’escarbilles, portant sur la casquette leurs lunettes les protégeant des rejets de la cheminée.
L’un était accoudé au bord de sa machine, regardant tantôt vers l’avant et tantôt vers l’arrière, pour s’assurer que dans la bousculade, personne ne passait sous le train. L’autre plus à l’écart, vers l’intérieur, le visage éclairé par les lueurs du brasier entretenu dans les entrailles de l’ogre dévoreur de charbon, s’activait sur des manettes placées au dessus de lui.
Puis, ensemble, cote à cote ils ont fait quelques signes et des grands sourires à la foule. Ces sourires aux dents qui paraissaient blanches, tant leurs visages étaient noirs. Ils semblaient heureux de ramener le bonheur. Heureux de faire partie de la fête, heureux d’être heureux.
L’espace d’un instant ils me s’ont apparus, puis emportés par la lenteur mouvante, la machine a continué sa marche, tirant d’abord le tender, rempli ras la gueule de charbon. Ensuite un wagon aveugle, sans fenêtres, enfin les voitures défilaient une à une devant nous, de plus en plus lentement.
Les freins ont étés actionnés progressivement. La petite inclinaison en montée avait fait l ‘essentiel pour ralentir le convoi. Maintenant le crissement des patins d’acier sur tous les attelages sommait, comme un ordre impératif de stopper le convoi.
Il s’est arrêté non loin du tunnel menant à Roanne.
Il était temps, ce fut la curée! Par grappes entières les hommes descendaient du train. Portés, emportés par ceux qui les attendaient. Les calots tombaient par terre, les musettes contenant les maigres trésors de ces hommes, ballottaient contre les flans ou dans le dos de ceux-ci. On criait, on pleurait avec ce rictus du visage lorsque la joie se mélange aux larmes, on s’embrassait à pleine bouche pour ceux qui revoyaient l’être aimé. Des jeunes enfants l’air ahuris ne reconnaissaient pas leur géniteur.
- C’est papa, c’est ton papa ! Criaient les femmes. Comme si trois ou, quatre ans n’avaient pas embué les pauvres méninges de ces têtes blondes.
- Comme il a grandi ! Tu veux bien m’embrasser ?
Non décidément, le cœur ni était pas pour les plus petits. Comment leur en vouloir ? Comment faire pour ré apprivoiser sa progéniture ? Le temps, seul le temps allait faire son travail pour que son enfant redevienne son enfant. Mais pour ceux là, c’est un étranger qui revenait, mal rasé, sentant l’odeur du soldat, du cuir, du suint, des odeurs inconnues. Cet homme qui s’appropriait sa mère, qui l’embrassait à pleine bouche, qui la serrait dans ces bras à l’étouffer. Il faudra apprendre à partager maintenant. Sans trop comprendre, se trouver relégué, un temps, en deuxième position de tendresse. Regagner son petit lit de solitude tous les soirs. Perdre un amour que l’on croyait à soi. Se voir contester le rôle du chef de famille acquit de facto par l’absence du père. L’instinct de jalousie prenait naissance. Mais rien à faire sinon pleurer devant cet être immense, ce géant plein de fougue qui bousculait l’ordre établi. L’homme de retour dont on avait oublié jusqu’à l’existence dont l’image avait disparue de sa mémoire et qui déchirait le cœur de l’enfant. Les premières luttes, les premiers combats entre le père et le fils s’insinuaient et prenaient leurs marques.
Pour le père c’est dur parfois d’être considéré comme un étranger par celui qu’on a enfanté. L’éloignement a idéalisé cet enfant de l’amour. On y a pensé des journées durant, on en a rêvé.
Ce jour là, si on ne s’y est pas préparé, si personne ne vous a dit que les choses pouvaient se passer ainsi, la pilule est amère. Arriver dans un endroit ou l’on croit qu’on va s’amuser d’un bonheur sans faille et en sortir presque en pleurant.
Mais dans l’ensemble, les cris de joie, de bonheur, les foulards qui s’agitent de partout, les rires, les pleurs, tout ces mélanges font les grands moments de la vie.
Certains couraient près du train à l’arrêt ayant reconnu celui qu’ils attendaient, se frayant un passage au milieu de la foule compacte. Ma grand mère elle, attendait ses fils, ma mère et ma tante Irène attendaient leurs frères. Des émotions intenses que je partageais avec ce sentiment d’une hiérarchie dans les sentiments selon l’importance de la filiation. J’arrivais en queue de peloton, j’attendais mes oncles !
Ma tante Irène a été la première à les voir. Elle criait, elle riait, elle montrait du doigt le wagon ou ils se trouvaient. Elle sautillait sur place dans une débauche de mouvements. Puis zigzaguant à travers la foule en ne quittant pas ses frères des yeux elle est arrivée la première pour les embrasser. Je la regardais avec un mélange d’étonnement et de perplexité. Son manque de retenue me semblait disproportionné avec l’événement. Certes ils revenaient, mais je pensais plus à une joie profonde, sereine, mesurée, mais durable.
Jouir de l’instant presque à petit feu. Garder de la joie pour les jours à venir, faire durer le plaisir, le mitonner, le cajoler, en prendre soin. On dit souvent « les grandes peines sont souvent muettes », les grandes joies devraient l’être aussi ! Non, il fallait qu’elle soit exubérante. Il fallait surenchérir sur le moment, en rajouter, quitte à s’épuiser et voir retomber le soufflé en peu de temps. D’ailleurs il est vite retombé le soufflé. Les querelles, les chamailleries ont vite été au goût du jour, quand il a fallu de nouveau partager les rations entre ces fauves de près de 20 ans. Ventre qui a faim n’a pas d’oreilles ! C’est vrai. Mais en attendant ce jour très prochain, Nous sommes repartis vers la maison, serrés les uns contre les autres, nous étions enfin réunis. Ma Grand-mère pleurait, ma mère pleurait et riait en même temps, ma tante Irène parlait, parlait et parlait encore en posant mille et une questions qui auraient pu attendre. Moi, un fois les premières effusions assouvies, j’ai regardé la scène sans rien dire. La foule avait complètement disparue à mes yeux. Seul existait pour moi le clan reconstitué. Mes oncles étaient les héros tant attendus, je les savais pleins d’histoires à raconter. J’avais le temps de poser mes questions. J’écoutais d’abord.
Puis après quelques temps, lorsque le brasier du feu de joie s’est consumé, le froid de la nuit vous tombe sur les épaules. Le quotidien et sa monotonie reprennent le dessus, la vie tout simplement est triste et ne fait pas de cadeau.
***






Par la suite je l’ai souvent revue cette gare. Quand je venais en permission, ou arrivant de Paris pour marquer une pause près de ma Grand mère qui nous a élevé, mes deux sœurs et moi. Une pause loin des bruits, de l’agitation de la capitale et de la vie de bohême que je menais. Retrouver un temps la tendresse des siens, avec un semblant de vie de famille.
Je me ressourçais aux joies simples. J’adorais ma Grand- mère, la polonaise, qui remplaçait ma mère trop souvent absente. J’étais reçu comme l’enfant prodigue.
Mais cette gare maintenant quel contraste ! Plus personne, ou presque, pour n’attendre personne. Elle était déserte, monotone et froide. Elle avait vécu son heure de gloire, la grande liesse des fins d’horreurs.
A la descente du train, dans la froidure d’une arrivée tardive, parfois une voiture était là, attendant tel ou tel privilégié ou que je considérais comme tel.
Moi, personne ne m’attendait et personne ne m’a jamais proposé de m’emmener ou de savoir ou j’allais. Après les embrassades d’usage et la mise au coffre des bagages, la voiture repartait aussitôt. La nuit, trouée quelques instants par les phares de l’auto, se refermait derrière elle. Elle ne laissait apparaître au lointain qu’un badigeon lumineux contre les façades des maisons endormies. Puis, allant en diminuant, le tout disparaissait dans le premier virage au loin.
Descendu du train avec mes valises, je regagnais à pieds le domicile de ma Grand mère au centre ville. Je prenais dans le sens de la descente l’avenue Gambetta. A chaque fois ma mémoire faisait résonner dans ma tête les tumultes des joies du retour des prisonniers.


***




A la maison, ils nous ont raconté des choses sur leur séjour en Allemagne. La vie au S.T.O. ne devait pas être trop terrible toutefois. Rien à voir avec les prisonniers politiques, ou de guerre. Ils étaient privilégiés. Ils avaient évité le maquis, ils étaient revenus vivants !
Un de mes oncles, Stanislas a même ramené une Allemande dans ses bagages.
Elle est arrivée quelques jours après lui. Elle était jeune et belle comme le jour. Elle l’avait suivi jusque là, puis brusquement, elle a disparue… Peut-être que la pauvre vie, que mon oncle lui proposait, ne devait pas correspondre avec ce qu’il avait raconté ou ce qu’elle espérait.
Mais c’est la première femme pour qui j’ai eu un coup de foudre malgré mon jeune age,.
J’avais 7 ans, l’age de raison dit-on. Elle se promenait à moitié nue dans la maison. Elle s’enfermait dans la chambre avec mon oncle et je devinais déjà ce qui devait se passer ! Il l’avait ramené, il l’avait protégée, il ne m’en a jamais parlé par la suite.
Le visage de cette femme a disparu de ma mémoire. L’impression générale qu’elle ma laissé, les conditions peut-être de sa venue, pauvre fille qui avait peut-être du s’enfuir, devant l’avancée des troupes Soviétiques, qui sait ? Sa présence chez nous, est restée gravée dans mon âme d’enfant.
Comme j’aurais aimé être le preux chevalier, chargeant sur son fier palefroi la jeune et belle princesse, poursuivie par le Dragon de feu… ! Peut-être était-ce la pire des garces, ou une fille de petite vertu… Ou encore une femme vénale, sachant que sa jeunesse n’aurait qu’un temps et qu’il fallait savoir la monnayer. Qu’importe, elle m’a marqué au fer rouge du désir de la femme. Désir de possession et désir de protection, mon cœur me parlait comme à un adulte mais mon corps comme à un enfant.
J’enviais mon oncle. J’étais pourtant certain de ne pouvoir rien apporter à cette fille. Mes fantasmes s’éveillaient. La vie entrait de plein fouet dans mes entrailles. Les désirs, avec le carré blanc des territoires inconnus de la femme, frappaient mon imagination. Ces désirs de conquête armaient le navire de mes futures traversées vers des îles à découvrir, les îles de la tendresse.

Je la regardais ou plutôt je l’observais à la dérobée, guettant sa démarche féline qui aurait pu me laisser entrevoir un trésor. Je n’existais pas pour elle Je me rends compte maintenant, en écrivant ces lignes, que ma vie d’homme à « aimer la femme » a du débuter à cette époque. Inconsciemment et de façon subversive, la féminité se lovait, tel le serpent de la Genèse, à mon âme. Je dis bien femme au singulier. Ma quête va vers la découverte de la Femme avec un grand « F »
On ne peut réunir toutes les vertus dans une seule d’entre elle. Mais chaque femme mérite le respect et l’hommage qu’on leur doit. Chacune d’entre elles détient sa parcelle de vérité de « Vrai Femme ».
Il en est de même pour l’homme. Où se trouve le véritable « Homme » ?

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